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jeudi 1 septembre 2016

L'investissement paresseux - Partie 3 : exemple concret



Les parties précédentes de cette série sur la gestion passive se trouvent ici (le pourquoi) et ici (le comment). Il manquait encore un aspect concret dans mes explications. Suite à une demande qui m'a été faite sur le groupe Facebook des Clés de la Réussite, je vais maintenant détailler la manière de procéder aux achats de trackers en quelques captures d'écran, pour que vous voyiez comment cela se passe et à quel point c'est facile. Je ne déraillerai pas l'achat d'obligations : comme je l'ai écrit dans l'article précédent, les fonds en euros des assurances vie restent la meilleure option actuelle pour cette poche relativement sécurisée. Si vous avez une assurance vie ou un contrat Madelin, vous possédez probablement déjà des fonds en euros et vous savez comment faire.

Focalisons-nous donc sur les trackers actions. Vous avez choisi de faire simple en investissant sur un seul fonds à bas coût indexé sur l'indice mondial, ou vous avez constitué une liste sympathique de quelques trackers (voir le post précédent) ? Quelle que soit votre option, il faut commencer par ouvrir un compte-titres ordinaire, un plan d'épargne en actions (PEA) ou une assurance vie où vous logerez vos investissements. Comme je l'ai expliqué, la meilleure solution pour les actions est actuellement le PEA : moins de frais qu'en assurance vie, moins d'impôts que le compte-titres, tout en ayant la possibilité d'investir hors d'Europe grâce aux trackers.

Il y a 15 ans, j'ai commencé par ouvrir un PEA dans ma banque principale, la Caisse d'Epargne, juste pour prendre date. Il subissait d'importants frais d'entrée et droits de garde. Quand j'ai commencé à m'intéresser réellement aux actions après la crise de 2008, je l'ai transféré chez Fortuneo, un courtier en ligne qui appartient au Crédit Mutuel Arkéa. Vous trouverez ici la page permettant d'ouvrir ou de transférer un PEA chez eux, c'est très simple (et ici celle de Boursorama). Ils m'ont même remboursé les frais de transfert que la Caisse d'Epargne n'a pas manqué de prélever avant de me laisser partir.

Prenons un exemple simple : votre PEA est maintenant ouvert chez Fortuneo, vous y avez apporté 2000 € et vous avez décidé de les mettre sur un tracker de chez Amundi qui suit l'indice MSCI World. Entrez son nom dans la recherche du haut de la page : "Amundi ETF MSCI World UCTIS". Vous pouvez aussi le chercher par son code Mnémo (une sorte d'abréviation) "CW8" ou encore son code ISIN (une sorte de matricule) "FR0010756098". Vous arriverez sur cette page (vous pouvez agrandir toutes les captures en cliquant dessus) :


Vous y trouvez le cours actuel du tracker : 215,66 €. Avec vos 2000 €, vous pouvez donc acheter 9 titres. De nombreuses autres informations vous sont données sur cet écran. Dans sa partie basse, vous trouverez notamment les frais de gestion pris par la société Amundi : 0,38% par an. On se situe bien en-deçà des frais habituels des SICAV, mais on peut faire encore mieux avec d'autres trackers. Vous vérifierez aussi que le tracker est bien éligible au PEA.



Pour vous renseigner davantage avant d'acheter, vous pouvez cliquer sur "DICI" (document d'information clé pour l'investisseur), juste au-dessus du graphique du cours. C'est une sage précaution avant tout achat.

Vous êtes prêt ? Alors cliquez sur "+ Achat", la case verte en haut à droite. Vous arrivez alors sur cet écran : 



Tapez "9" dans quantité, puisque vous avez décidé d'en prendre 9. Il faut ensuite choisir le type d'ordre que l'on souhaite passer. Le plus simple est un ordre "au marché", c'est-à-dire au cours du moment où se fait la transaction. Mais on peut aussi placer un ordre "limité" (voir cette explication claire d'Edouard Petit). Ensuite il suffit de cocher la case "Je reconnais avoir consulté le DICI", puis de cliquer sur "+ Acheter" et de confirmer. C'est tout ! Vous recevrez un email de confirmation dès que la transaction aura été effectuée. Puis vous retrouverez vos 9 titres dans la liste des fonds du PEA sur cet écran : 


Les petits + et - permettent d'acheter davantage de parts du même titre ou d'en vendre.

Surtout, résistez à l'envie de surveiller ensuite les cours tous les jours : ce serait le meilleur moyen de vous stresser ou de vous rendre trop euphorique. Dans le cadre de la gestion passive, on vient voir de temps en temps seulement et on évite de trop écouter les informations financières. Paresseux un jour, paresseux toujours ! La vie financière est une chose, mais la vie tout court doit rester notre objectif. C'est encore un avantage de la gestion passive.

Si vous souhaitez aller plus loin, vous trouverez sur le blog d'Edouard Petit (notamment) et sur le forum des investisseurs heureux des informations en français sur les différents types de trackers, sur la gestion smart-beta, sur les bienfaits de l'investissement programmé sur une longue période, etc.

Avertissement d'usage : comme tout ce qui figure sur ce blog, cette série d'articles ne reflète que mes choix de paramédical (donc non professionnel de la finance) qui tente de se constituer une protection ; vous seul êtes responsable de vos choix.

mardi 30 août 2016

L'investissement paresseux - Partie 2 : comment ?



Dans la première partie, j'ai expliqué pourquoi nous, les paramédicaux libéraux, avions tout intérêt à nous constituer un patrimoine. Il peut être constitué d'immobilier et de valeurs mobilières. Même si vous n'avez jamais acheté quoi que ce soit à la bourse, vous investissez probablement déjà sur des actions et des obligations :
  • de manière directe, si vous avez une assurance vie classique, Madelin ou PERP et que vous placez vos apports sur le fonds en euros du contrat, parce que le capital y est garanti : ces fonds sont constitués d'obligations d'Etat (notamment la dette de la France), d'obligations d'entreprises et d'une petite poche d'actions ;
  • de manière indirecte : au 31/12/2014, la CARPIMKO possédait un patrimoine de 3,5 milliards d'euros, constitué pour 50% d'obligations, 40% d'actions et de convertibles, 9% d'immobilier et 1% de liquidités (cf son bulletin de décembre 2015).
Sur le long terme, c'est bien connu, les actions offrent un bon rendement. Le tout est d'avoir l'estomac bien accroché pour supporter leur impressionnante volatilité. Mais après tout, entre 1992 et 98, les prix de l'immobilier ont perdu 41% à Paris, selon l'indice des notaires. Pourtant, les Parisiens n'ont pas tous décidé de devenir locataires ou de vivre dans des tentes.

Si l'on admet la nécessité d'une prise de risque à l'heure actuelle, une question épineuse demeure : comment s'y prendre ? C'est ici qu'intervient l'idée de la gestion passive, inventée en 1976 par John Bogle, mais qui a pris un énorme essor dans les années 2000 aux Etats-Unis. On peut la résumer en quelques points :

Inutile de sélectionner les entreprises soi-même

Le particulier n'a généralement pas les connaissances économiques qui lui permettent de compter sur autre chose que la chance. Vous avez peut-être déjà écouté un ami qui avait réussi un coup sur telle ou telle action. Mais qu'en était-il des pertes qu'il avait subies sur les autres ?

Les SICAV et FCP subissent trop de frais

Nous pouvons faire confiance à des gérants professionnels pour sélectionner les valeurs à notre place. C'est d'ailleurs un passage imposé dans l'assurance vie, où on peut acheter des fonds, mais pas des actions de telle ou telle entreprise. Le problème, ce sont les frais : 2% de l'encours en moyenne. Il faut bien payer le travail des gérants. Pourtant, les SICAV et FCP suivent à peu près l'évolution du marché, alors qu'il faudrait qu'ils fassent le marché + 2%. A cela viennent s'ajouter les frais d'entrée et de gestion de la compagnie d'assurance ou de la banque. Sur le long terme, toutes ces dépenses érodent très fortement le rendement. Certaines années, elles l'anéantissent.

Il faut acheter des trackers (appelés aussi ETF)

Les trackers sont des fonds à très bas coût (généralement 0,1 à 0,4%) qui ne cherchent pas à faire mieux que le marché, mais qui cherchent à le suivre le plus fidèlement possible. Il en existe de plus en plus. Certains suivent le CAC 40 bien connu, d'autres l'indice de Francfort, l'indice européen, l'indice mondial, l'indice des pays émergents, etc... Pour être diversifié et donc réduire les risques, il faut brasser large en s'intéressant au monde entier. On peut acheter un unique tracker sur l'indice mondial MSCI World (par exemple celui-ci) et y mettre de l'argent tous les mois, quelles que soient les conditions économiques : on connaît l'intérêt de l'investissement lissé dans le temps. Si l'on veut affiner le concept, on peut remplacer l'unique tracker mondial par une petite sélection portant sur l'Europe, les USA, les pays émergents, les petites entreprises et même l'immobilier. Ce site indépendant propose gratuitement de petites listes de trackers en fonction des besoins de chacun, après avoir posé une série de questions. Mais que l'on investisse sur un seul tracker mondial ou sur une petite liste, la gestion passive consiste à s'y tenir et à ne pas trop écouter les actualités économiques.

Il faut une poche d'obligations, moins volatiles

Il est généralement conseillé d'assurer ses arrières en plaçant une partie des sommes investies en-dehors des actions, et notamment sur des obligations. En France, les fonds en euros des assurances vie peuvent assumer cette mission. Plus on prend de l'âge, plus il est conseillé de désinvestir les actions pour gonfler la partie obligations. On lit parfois en Amérique que la juste proportion d'actions doit être de 100 - son âge (donc 80% à 20 ans, 30% à 70 ans). Warren Buffet conseille même 90% en actions, comme nous l'avons vu dans le post précédent. A chacun de décider quelle part de risque il est prêt à supporter sans broncher.

Il faut loger les trackers sur un PEA et les obligations sur une assurance vie

Au début du quinquennat, notre gouvernement a quasiment tué le compte titres ordinaire en le matraquant fiscalement. Heureusement, cette mesure idéologique n'a atteint ni le PEA, ni l'assurance vie. J'ai expliqué ici le principe de ces enveloppes fiscales, ainsi que celui du PEA-PME.  Le PEA est tout indiqué pour les trackers, parce qu'il supporte moins de frais et offre beaucoup plus de choix que l'assurance vie. Cerise sur le gâteau : dans un PEA, on peut avoir des trackers qui suivent des indices non européens ! L'épargnant français a donc accès à l'ensemble de la performance mondiale sans être accablé d'impôts. C'est complètement impossible avec des actions en direct ou avec des SICAV.
La chasse aux frais, encore et toujours, implique le choix du PEA et de l'assurance vie chez des courtiers en ligne réputés appartenant à de grandes compagnies (ex : Boursorama appartient à la Société Générale, Fortunéo au Crédit Mutuel Arkéa).
Il faut donc alimenter le PEA et l'assurance vie en parallèle et rééquilibrer au fur et à mesure pour respecter la répartition que l'on s'est fixée au départ. C'est la seule activité d'analyse à effectuer. Elle prend juste quelques minutes par mois. Cela n'a rien à voir avec le temps que peut passer un vrai boursicoteur sur ses investissements.

Le pire ennemi n'est pas la finance, c'est soi-même 


Le particulier est souvent celui qui achète et vend au mauvais moment. Nous baignons dans un océan d'informations plus ou moins stressantes. Il est facile de prendre peur (ça m'est arrivé) et de prendre de mauvaises décisions. Le plus compliqué, dans la gestion passive, est de se forcer à rester passif sans tenir compte des événements, parce qu'on vise le long terme. Je vous recommande cet article d'Edouard Petit, consacré à ce sujet.

4 sites, 2 livres, 1 forum

Si vous voulez en savoir plus sur la gestion passive, voici  quelques sites indispensables :
Il existe beaucoup de saines lectures en anglais, notamment les nombreuses analyses de chez Vanguard. Mais s'il faut se limiter à 2 livres :
  • The Simple Path to Wealth de JL Collins, en anglais
  • Epargnant 3.0 d'Edouard Petit, en français : 106 pages de bonne vulgarisation du concept, vraiment bien rédigées. Une bonne partie de cet article est le produit de ma digestion de son livre.
Enfin, un forum français, qui parle souvent de gestion passive (entre autres) : Devenir Rentier.

Dans la prochaine partie, j'expliquerai concrètement comment j'ai sélectionné et acheté une poignée de trackers pour tester cette méthode.

Avertissement d'usage : comme tout ce qui figure sur ce blog, cette série d'articles ne reflète que mes choix de paramédical (donc non professionnel de la finance) qui tente de se constituer une protection ; vous seul êtes responsable de vos choix.

vendredi 26 août 2016

L'investissement paresseux - Partie 1 : pourquoi ?



Je commencerai cet article par une évidence : en France, les paramédicaux libéraux sont contraints de fabriquer leur propre protection sociale. Si le conventionnement nous assure une couverture maladie identique à celle des salariés, il en va tout autrement en ce qui concerne les arrêts de travail et la retraite. C'est dû aux faiblesses de la CARPIMKO : 90 jours de carence, montants versés risibles, etc. Jusque là, je ne vous apprends rien. Sur les réseaux sociaux, on commence d'ailleurs à voir de jeunes collègues qui écrivent qu'ils n'auront pas de retraite, au train où les choses se délitent, réforme après réforme.

Est-ce un mal ou un bien ? Nombreux sont ceux qui y voient un scandale. Je l'ai longtemps pensé aussi : pourquoi le pays protège-t-il mieux les salariés, sans parler des privilèges sidérants des fonctionnaires (ex : 0 jour de carence, faible baisse de revenu lors du départ en retraite, absentéisme sidérant mais toléré) ?

Je pense à présent qu'il faut en prendre son parti : les rapports de force étant ce qu'ils sont, il est inutile de chercher à améliorer nos droits. Allons même plus loin : notre mauvaise protection est une chance. Une chance de s'extraire du système qui infantilise nos concitoyens depuis 1945 et leur évite d'acquérir une culture économique. Une chance de découvrir le monde tel qu'il fonctionne réellement, loin des utopies. Autrement dit, une chance d'être de vrais travailleurs indépendants. Considérons la CARPIMKO comme un don désintéressé à nos aînés, voire éventuellement comme un petit socle qui nous paiera quelques dépenses quand nous aurons 75 ans. Et regardons ce que nous offre le vaste monde économique.

Beaucoup de collègues l'ont déjà compris et se sont penchés sur les assurances prévoyance et retraite Madelin, créées pour nous en 1994 par l'ex-chantre du libéralisme. J'ai déjà expliqué ici et ici ce que j'en pensais. Une autre option consiste à travailler suffisamment pour se mettre en mesure de constituer un patrimoine immobilier et boursier. La partie immobilière, en direct ou en SCPI, tente aussi beaucoup de gens. Elle permet de bénéficier de l'effet de levier du crédit, que j'avais décrit ici. L'assurance du prêt permet aussi d'envisager plus sereinement le risque de maladie grave. L'immobilier reste à mes yeux une bonne solution d'amorçage, quand on part de rien. Le risque locatif est à craindre, mais le choix des SCPI permet de le mutualiser, d'autant qu'elles savent se diversifier. Immorente, par exemple, a commencé à acheter des locaux à l'étranger, mais aussi des campings. Je possède un petit bout de tout ceci, alors que je n'aurais jamais acheté un camping tout seul, ni un local commercial en Allemagne.

Mais comme chacun sait, il faut éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier. L'immobilier, même en SCPI, ne doit pas être l'alpha et l'oméga d'un patrimoine raisonnable. Cela implique des achats de valeurs mobilières (actions, obligations). Une approche prudente les cantonne souvent au fonds en euros d'une assurance-vie classique ou Madelin : il rapporte plus que le livret A et le capital est garanti. Le problème, c'est qu'avec la baisse des taux d'intérêt, le rendement des fonds en euros fond lui aussi. Si l'on y ajoute les frais que prennent beaucoup de compagnies et le hold-up légal organisé le 14 juillet dernier par le gouvernement, on obtient un placement qui ne présente plus grand intérêt pendant la phase de constitution du patrimoine. Il faut maintenant se résoudre à intégrer le risque dans notre équation.

Les particuliers ont montré un bref engouement envers les actions lors des privatisations de 1986. A l'époque, TF1 tenait une rubrique boursière digne de ce nom chaque midi ! Elle ne se contentait pas de dire qu'il faisait chaud en été et froid en hiver. Mais les krachs boursiers de 1987, 2001 et 2008 ont douché ce bel enthousiasme et TF1 s'est repliée sur ce qui intéresse les gens, selon elle. Pourtant, sur le long terme, les actions restent un excellent placement, surtout si l'on intègre les dividendes dans le calcul.

Bien des gens sont convaincus de l'intérêt des actions, mais il est difficile de se jeter à l'eau quand on ne sait pas nager. J'ai déjà évoqué ici (et dans les Clés de la Réussite) les SICAV et les FCP, qui permettent de déléguer la gestion des actions à des gérants dont c'est le métier. Pour défiscaliser les gains, on peut loger ces fonds dans une assurance-vie classique ou Madelin, mais aussi dans un PEA. Les frais de gestion peuvent être limités en ouvrant ces contrats sur le web (ex : Fortuneo, Boursorama). Ce concept comporte cependant plusieurs limites, qui constituent autant de freins :
  • La liste des fonds disponibles est gigantesque, surtout sur les contrats en ligne. De leur côté, les banques et les assurances commercialisent des contrats à faible choix, mais avec un rendement souvent moyen et des frais démentiels. Il faut bien payer leur réseau d'agences.
  • Cela demande tout de même un apprentissage, donc du temps, même si ce n'est rien en regard des boursicoteurs actifs qui achètent et vendent des actions tous les jours.
  • Les performances passées des fonds ne préjugent pas de leur avenir. Bien au contraire, il arrive souvent qu'un fonds qui a sur-performé pendant deux ans finisse par sous-performer l'année suivante, rejoignant ainsi la moyenne.
  • Les épargnants particuliers investissent souvent à contre-temps. Il n'est pas facile de garder ses fonds, voire d'en racheter, quand la bourse perd subitement 50% et que les médias annoncent la fin du capitalisme en insistant bien sur les faillites qui se succèdent.
C'est là où intervient une idée que j'ai découverte récemment, bien qu'elle existe depuis longtemps aux Etats-Unis où l'ensemble de la population se trouve dans notre situation peu sûre : la gestion passive. Les Américains l'appellent "lazy investing", investissement paresseux ! J'ai décidé que ma protection sociale allait marcher sur une jambe immobilière et une jambe paresseuse.

Pourquoi "paresseux" ? Parce qu'il ne faut y consacrer qu'une minute par mois, tant c'est simple, et qu'il n'y a pas besoin de se former. Warren Buffet, qui a pourtant réussi en sélectionnant ses actions année après année, confirme en ces termes l'intérêt de la gestion passive pour les particuliers :
« Mon conseil ne peut pas être plus simple : mettre 10% de son portefeuille en obligation d’Etat et 90% sur un fonds indiciel sur le SP500 à très faible coût. Je pense que les résultats à long terme seront meilleurs que pour les investisseurs s’appuyant sur des gestionnaires de fonds à frais élevés »
Autrement dit, il suffirait de mettre chaque mois 10% sur un fonds en euros et 90% sur un fonds qui reproduit l'évolution d'un indice boursier regroupant 500 grandes entreprises américaines, sans réfléchir davantage. On peut généraliser le concept en disant qu'il suffit de suivre un indice mondial, et non juste américain. Faire cela chaque mois (ou trimestre) permet de lisser le prix d'achat et d'acheter plus de parts quand la bourse baisse.

Le principe est tentant, non ?

Dans les parties suivantes, j'entrerai dans le concret en expliquant ce qu'est un fonds indiciel, comment le choisir et comment l'acheter. Je vous en indiquerai aussi quelques-uns, souvent conseillés pour leur solidité et la faiblesse de leurs frais de gestion. En attendant, la vidéo suivante vous donnera un bon résumé de ce concept fait pour les paresseux tels que votre serviteur :


Avertissement d'usage : comme tout ce qui figure sur ce blog, cette série d'articles ne reflète que mes choix de paramédical (donc non professionnel de la finance) qui tente de se constituer une protection ; vous seul êtes responsable de vos choix.

jeudi 2 juin 2016

CARPIMKO : j'ai lu les programmes pour vous



Nous avons tous reçu les programmes de la FNO et de la FOF en vue de l'élection du Conseil d'Administration de la CARPIMKO qui aura lieu le 21 juin.  Rappelons que l'orthophoniste candidate de la FNO au poste de titulaire est l'actuelle présidente de la CARPIMKO : Madame François. Beaucoup de bulletins finiront à la poubelle, malgré l'importance de cette caisse pour nos vieux jours et en cas de coup dur. Moi-même, j'hésite à participer à ce scrutin. D'un côté, il est logique de donner notre avis quand un organisme démocratique nous le demande. Mais la CARPIMKO reste un organisme complexe et vu de loin, les programmes des deux syndicats ressemblent beaucoup à ceux des partis qui jurent que demain, on rasera gratis. J'ai donc lu leurs tracts avec plus d'attention que d'habitude, pour tenter de me décider.

Pour mémoire, cette caisse nous oblige à cotiser à 4 régimes, sur lesquels les syndicats ont des idées :
  • Le régime de base, qui est commun à toutes les caisses des libéraux regroupées au sein de la CNAVPL. Il a été réformé plusieurs fois durant les dernières années, avec toujours plus de cotisations à payer. Plus d'un tiers des sommes collectées par la CARPIMKO à ce régime part dans la compensation nationale entre les différents régimes de base, d'après la FOF. Elle voudrait que ceux qui gagnent beaucoup supportent l'essentiel de ce mécanisme de solidarité. Il faut prendre l'argent où il est : rhétorique connue. Elle voudrait aussi que l'on puisse "racheter" les années d'études en cotisant volontairement. Cela montre à quel point elle croit au système par répartition. Quant à la FNO, elle souhaite la suppression du plafond au-delà duquel les revenus ne sont plus taxés : 193 080 €. C'est une proposition facile quand on représente une profession qui n'est pas concernée par cette mesure. Elle réclame aussi +10% sur les retraites des gens qui ont renoncé au moins trois fois au sommeil eu plus de deux enfants.
  • Le régime complémentaire, qui est exclusivement géré par la CARPIMKO. La FNO entend bien maintenir cette autonomie. Vous avez peut-être remarqué que ces dernières années, le montant de votre cotisation forfaitaire avait augmenté de manière démentielle : vous avez payé 832 € en 2006, 1400 € cette année, soit +68% en 10 ans. Ce qui est impossible sur l'AMO ne pose aucun problème quand il s'agit de nos charges. La FNO souhaite la poursuite de cette politique. En outre, les deux syndicats s'entendent sur le fait de "permettre" (obligatoirement ou facultativement, on ne sait pas) aux gens qui ont de faibles revenus d'accéder au graal de la cotisation proportionnelle, dont ils rêvent à coup sûr. Actuellement, ceux qui gagnent moins de 25 246 € ne paient que les 1 400 € forfaitaires. Les autres versent en plus 3% de ce qui dépasse ces 25 246 €. Enfin, les deux syndicats réclament de nouveaux avantages sociaux, comme sur le régime de base. Espérons que leur financement soit assuré.
  • Le régime des praticiens conventionnés, appelé aussi Avantage Social Vieillesse (ASV), qui ne concerne que ceux qui sont conventionnés avec la sécurité sociale, autrement dit presque tout le monde chez les orthophonistes. Il a été quasiment anéanti par la réforme de 2008 cuisinée dans l'urgence parce qu'il allait dans le mur financièrement. Auparavant, c'était une partie importante de nos futures retraites ; mais il n'est plus que l'ombre de lui-même, malgré une énorme augmentation des cotisations. Ici, les deux syndicats diffèrent. La FOF souhaite réfléchir sur le principe tout en réclamant un énième avantage social. La FNO préfère se montrer contre toute remise en cause de ce régime atrophié... tout en réclamant un nouvel avantage social. Côté financement, la FNO souhaite que l'Assurance maladie paie 2/3 de la cotisation proportionnelle aux revenus, au lieu de 60% actuellement (ça aurait pu être pire en 2008, les syndicalistes ont bien négocié).
  • Le régime invalidité-décès, seul régime qui ne soit pas consacré à la retraite : ici, les deux syndicats réclament... devinez... voilà... vous y êtes... des avantages sociaux ! Sans évoquer leur financement. 

Finalement, les deux tracts terminent en réaffirmant leur position politique : la retraite par répartition constitue le meilleur système, elle mérite d'être défendue. Côté cuisine interne, ils réclament aussi un fonctionnement non démocratique de la CARPIMKO, où chaque profession aurait le même nombre de voix, quel que soit son effectif. Cela reviendrait à léser les infirmiers et les kinésithérapeutes pour sur-représenter les orthophonistes, les orthoptistes et les podologues. Ce système existe ailleurs : cela s'appelle le Sénat, où le monde rural a plus d'influence que ce qu'il aurait si chaque sénateur représentait le même nombre d'habitants. N'est-il pas cocasse de vouloir transformer la CARPIMKO en Sénat ?

Que faire, en définitive ? On me demande mon avis, je vote. Mais FNO, FOF ou blanc ? J'hésite encore. Pourtant, j'aime les avantage sociaux, puisque je suis français !

mercredi 20 avril 2016

Le régime Micro-BNC


[Cet article met à jour celui que j'avais écrit sur ce sujet en 2009]

Le post d'aujourd'hui sera particulièrement utile à ceux qui ont peu travaillé l'an dernier.

Plusieurs situations peuvent nous amener à une recette assez faible :
  • en tout début de carrière
  • passage en libéral après quelques années de salariat
  • en cas de congé maternité
  • en cas de congé sabbatique
  • réduction d'activité pour s'occuper de ses enfants
Si votre recette est restée inférieure à 32 900 € l'an dernier, vous pouvez prétendre à bénéficier du régime fiscal "Micro-BNC". Pour mémoire, BNC signifie "bénéfices non commerciaux". Ces 32 900 € sont à examiner au prorata temporis : cela fait par exemple 16 450 € si vous avez travaillé 6 mois.

Le principe des régimes Micro peut s'appliquer à nos recettes, mais aussi aux revenus fonciers (ex : location d'un appartement non meublé) et aux revenus commerciaux (ex : location d'un appartement meublé). Le principe est toujours le même : un régime Micro évite de remplir une déclaration détaillée, notifiant les recettes et les dépenses et dégageant un bénéfice ou un déficit que l'on reporte sur la déclaration de Monsieur Tout-le-monde, la 2042. Au lieu de cela, vous notez directement votre recette dans la 2042 et le fisc pratique un abattement forfaitaire.

Dans le cas du Micro-BNC, vous n'avez donc pas à remplir de déclaration 2035, ce qui sera un grand bonheur pour certains. Vous inscrivez le montant de votre recette dans la case 5HQ de la déclaration 2042C. L'Etat estime vos charges à 34 % et pratique un abattement correspondant.
Vous serez donc imposé sur 66 % de vos recettes, avec un minimum de 305 €.

Exemple : Total de la recette 2015 = 25 000 € Montant noté en case HQ de la 2042C : 25 000 Bénéfice retenu par le fisc pour calculer l'impôt : 25 000 x 0,66 = 16 500 €. Bien entendu, le montant de l'impôt dépend ensuite de la situation familiale et des autres revenus des membres du foyer.

Autre point intéressant : en Micro-BNC, l'adhésion à une association de gestion agréée n'a pas d'intérêt fiscal, alors que ceux qui remplissent une 2035 sans adhérer à une AGA voient leur impôt augmenter de 25%. Mais une adhésion volontaire peut être vue par le fisc comme un gage de transparence de la part du contribuable.

Attention, l'utilisation du régime Micro-BNC n'est absolument pas une obligation : même si vous avez moins de 32 900 € de recette, vous pouvez décider de remplir une 2035. C'est particulièrement judicieux si vos charges dépassent 34%. C'est d'ailleurs souvent le cas quand on travaille peu, à cause des charges fixes telles que les loyers et abonnements divers. Donc il y a un calcul à faire pour décider entre BNC (avec 2035) et Micro-BNC.

Autre point à ne pas négliger : si vous avez droit au Micro-BNC mais que vous décidez malgré tout de remplir une 2035 et d'adhérer à une AGA, l'Etat vous remboursera 2/3 (c'était 100% jusqu'en 2015 mais c'est 2/3 à partir de l'exercice 2016) de votre adhésion à l'AGA et des honoraires de votre comptable éventuel, dans la limite de 915 €. Cela prouve qu'il attache de l'importance au fait que nos comptes soient surveillés. Cet avantage est réservé à ceux qui paient des impôts : c'est une réduction et non un crédit d'impôt. Pour en profiter, il faut :
  • porter en case 7FF de la déclaration 2042 le montant des dépenses de comptable et d'AGA
  • noter en case 7FG le nombre d'exploitations concernées, donc en général 1.