
J'ai trouvé quelques statistiques intéressantes, émises par la sécurité sociale et les syndicats. Elles concernent les auxiliaires médicaux. Je commencerai aujourd'hui par les orthophonistes. Puis j'aborderai les kinésithérapeutes et les infirmiers. Je n'ai rien trouvé sur les orthoptistes, qu'ils me pardonnent.
Au 1er janvier 2008, nous étions 14 129 orthophonistes libéraux en France (métropole + outre mer). Quelques détails sur ces 14 129 personnes :
- 13,1% exercent une activité salariée partielle, donc 87% préfèrent le libéral pur.
- 96,1% sont des femmes. En 1995, nous étions encore 5,3% d'hommes. Je ne comprends toujours pas une telle désaffection...
- Les femmes ont en moyenne 41,3 ans et les hommes 45,3 ans. En 1980, les ortho-femmes avaient 33 ans et les hommes 35. Mais la profession était récente.
- Depuis le milieu des années 90, notre effectif augmente de manière quasiment linéaire, au rythme de 3,4% par an. Nous étions 8 683 en 1995. Notez que la population française n'augmente pas à la même vitesse. Donc la densité des orthophoniste s'accroit : en 2003, nous étions 19,62 orthophonistes libéraux pour 100 000 habitants. En 2006, le chiffre était déjà passé à 21,38. L'offre de soins s'améliore donc régulièrement.
- Cette amélioration n'est pas répartie équitablement : il y a moins de 8 orthophonistes pour 100 000 habitants dans l'Allier. Dans l'Hérault, c'est 41,1 ! Les gens continuent à s'entasser dans certaines régions relativement bien pourvues, en négligeant les besoins des populations délaissées. La liberté d'installation a des effets pervers ; les infirmiers l'ont bien compris en y renonçant partiellement cette année.
- En un an, les honoraires moyens d'un orthophoniste libéral sont de 47 400 € (chiffre de 2006), dont 284 € en frais de déplacement. S'il travaille 45 semaines avec un acte moyen à AMO 11, cela signifie qu'il effectue 40 actes par semaine. Il est difficile d'en déduire un volume horaire : les actes n'ont pas tous la même durée minimale et chaque praticien est libre de les allonger. Cela n'inclut pas non plus le temps professionnel passé hors de la présence des patients.
- En 1995, la moyenne était de 35 000 €. L'augmentation suit une courbe logarithmique : elle reste importante chaque année, mais moins qu'il y a 15 ans. Le fait que l'AMO stagne y est peut-être pour quelque chose. Les orthophoniste ont compensé en travaillant de plus en plus. Mais certains ont dû atteindre la limite de nombre d'heures qu'ils s'étaient fixé.
- 10% des orthophonistes se placent en-dessous de 25 000 € : c'est le premier décile.
- Le dernier décile contient ceux qui se situent au-dessus de 70000 €, avec un record à 225 000 €. Chapeau bas au collègue qui y parvient. Imaginons qu'il ne prenne ni les vacances ni les jours fériés : il effectue 164 actes moyens par semaine, donc 27 par jour s'il s'interrompt uniquement le dimanche. Cette personne a dû intéresser sa CPAM dans le cadre du suivi individuel. A moins qu'il ou elle emploie des collègues salariés. Je ne peux pas me perdre en vagues conjectures sur un cas unique.
13 commentaires:
eh bien j'ignorais qu'avec mon CA de 75 000 euros par an j'etais bien au dessus de la moyenne !!! Pourtant je ne travaille pas le mercredi ...
comme quoi ! je suis riche ... :)
Je salue bien bas un honorable membre du dernier décile ;-)
Toutes mes félicitations.
On dépense 60% de notre revenu en charges??
C'est énorme...j'aurais plus penché vers les 50%, allez 55% au pire...
Oulà, j'ai tourné ma phrase à l'envers. Merci beaucoup, je corrige illico !
Incorrigible Guillaume !!!
Je te cite :
"Dans l'Hérault, c'est 41,1 ! Les gens continuent à s'entasser dans certaines régions relativement bien pourvues, en négligeant les besoins des populations délaissées."
Je te ferais remarquer que la Seine Maritime n'est pas le seul département (par endroits) dépeuplé. L'ortho du Bousquet d'Orb (34260) ou celle de St Pons de Thomières (34220)seront certainement ravies d'apprendre que leur coin est "bien pourvu" en orthophonistes. Comment ? Je suis de mauvaise foi ?
J'y ai pensé en l'écrivant. D'où mon "relativement", que tu n'as pas manqué de relever ;-)
Guillaume : 1
Vincent : 0
(un jour, je l'aurai)
Alors là ces statistiques me laissent perplexe ! Il est vrai que beaucoup d'entre nous en libéral sont des femmes et effectuent moins de 35h de travail avec les patients par semaine , mais quand même ! On serait presque à plaindre devant ces stats !
Personnellement pour 40h de travail avec les patients ca me fait 2000 euros de recettes environ par semaine, et un bénéfice annuel pour 40 semaines travaillées de presque 50 000 euros (avec 35% de charges à peu près).
35% de charges me semblent plutôt suffisantes quand on est en cabinet de groupe ! et non 60%, ou 50% même !
Une orthophoniste qui travaillerait deux fois moins que moi sur le même nombre de semaines (et 40 ce n'est pas énorme !) aurait un bénéfice de 25000 euros tout de même ... et 20h ce n'est vraiment pas beaucoup !
En clair, comment sont calculées ces stat ? à partir de la 2035 ou des dires des ortho ?
Ces chiffres proviennent de la CNAM elle-même. Je les ai trouvés sur le site du journal Les Echos et sur celui de la FNO.
La méthode de calcul est simple : il suffit à la CNAM d'additionner tous les relevés SNIR et de les diviser par le nombre de praticiens libéraux.
Il est certain qu'avec de tels chiffres, la CNAM tient un argument facile pour ne pas nous augmenter, puisqu'elle tient la preuve que nous pourrions travailler davantage.
D'ailleurs, un kiné lecteur de ce blog le sous-entend clairement dans les commentaires qu'il a écrits sur l'article "Combien gagne un kiné" : il pense que nous gagnons moins parce que nous travaillons moins.
40% de charges?.. Ca me paraît peu!! Rien que les charges sociales (carpimko, URSSAF, taxe pro) font 40%....
Regardez ici 2 exemples :
http://orthophonie-et-patrimoine.blogspot.com/2008/09/est-il-rentable-de-beaucoup-travailler.html
L'URSSAF vous prend 13,51% du bénéfice et 50 € de CFP. La CARPIMKO a une partie proportionnelle et une partie fixe indépendante de votre bénéfice. Cette partie fixe pèse donc plus, en proportion, sur les gens qui travaillent peu. Quant à la taxe pro, elle varie énormément d'un endroit à l'autre, mais elle est indexée principalement sur la recette.
Pour que le tout représente 40 %, il faut vraiment gagner peu : le partie forfaitaire de la CARPIMKO devient alors insupportable.
On atteint aisément 40% si l'on inclut l'impôt sur le revenu dans le raisonnement, mais alors on mélange tout (revenus pro + perso) et plus rien n'est comparable.
perso je suis à plus de 40% de charges, et puis je ne trouve pas que je gagne beaucoup, mon plus gros CA a été 45 000 euros...
en plus je trouve que les patients sont de plus en plus exigents... et les compte rendus et les cotations de plus en plus longs à faire (qd je rentre le soir je ne fais que de la prepa de reeduc ou des bilans...) alors comment font les orthos qui ont de tels CA? ont ils des contacts avec les parents et les écoles, vont ils aux réunions?
Je prends les patients 40 minutes, je devrais réduire? en meme temps la qualité de travail se limite!
Pour parvenir à de tels CA, il est certain que nous n'avons qu'une solution : travailler énormément. Comme je l'ai dit dans mon article sur les desperados, nous ne pouvons pas nous permettre de scier la branche qui nous soutient, en bâclant le travail.
Un tel rythme peut mener à l'infarctus : j'ai connu un collègue quadragénaire qui est décédé de cette manière. Il faut absolument apprendre à gérer son stress et organiser sa vie de famille en fonction. C'est du funambulisme, assurément. Mais renoncer à un gros CA serait renoncer à notre propre avenir et à celui de nos enfants.
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